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L'IA ne prendra jamais cette photo.

  • Photo du rédacteur: Ronan Hellou
    Ronan Hellou
  • 21 juil.
  • 5 min de lecture

L'intelligence artificielle va profondément transformer la photographie. Mais elle ne remplacera jamais ce qui me donne envie de prendre un appareil photo.


Pourquoi l'ia ne prendra pas ma place

Il y a quelques semaines, quelqu'un m'a posé une question que j'entends de plus en plus souvent:

"Tu n'as pas peur que l'intelligence artificielle remplace les photographes ?"

La question est légitime.

En quelques mois, nous avons vu apparaître des outils capables de créer des portraits plus vrais que nature, d'imaginer des lieux qui n'existent pas ou de reproduire le style d'un photographe en quelques secondes. Chaque nouvelle version progresse un peu plus vite que la précédente, et il serait naïf de croire que cette évolution va s'arrêter.

Pourtant, ma réponse surprend souvent:

Non.


Je n'ai pas peur.


Pas parce que je pense que l'IA est incapable de faire ce que je fais.

Au contraire, je suis convaincu qu'elle accomplira bientôt certaines tâches mieux et plus rapidement que moi.

Mais parce que je crois qu'on se trompe de question.

La vraie question n'est pas de savoir si une intelligence artificielle peut produire une belle image.

La vraie question est de savoir ce qu'est réellement une photographie.


Toutes les révolutions ont fait peur.

Lorsque le numérique est arrivé, beaucoup annonçaient la disparition des photographes.

Quand Photoshop s'est démocratisé, certains affirmaient que n'importe qui pourrait devenir professionnel.

Puis les smartphones ont mis un appareil photo dans chaque poche.

Les drones ont offert des points de vue autrefois réservés à quelques spécialistes.

Aujourd'hui, c'est l'intelligence artificielle qui vient bouleverser nos habitudes.

À chaque étape, le métier a changé.

À chaque étape, certains usages ont disparu.

Et pourtant, la photographie est toujours là.

Elle a simplement évolué.

Je suis persuadé que l'IA sera une révolution encore plus importante que les précédentes.

Peut-être même la plus importante depuis l'invention du numérique.

Elle va modifier notre manière de préparer une séance, de retoucher nos images, de produire certains visuels ou d'imaginer des concepts.

Je ne vois aucune raison de lutter contre cela.


L'IA deviendra un formidable assistant.

Soyons honnêtes : certaines tâches ne constituent pas la partie la plus passionnante de notre métier:

  • détourer un objet.

  • nettoyer un arrière-plan.

  • supprimer un élément gênant.

  • créer plusieurs variantes d'une même image.

  • préparer une maquette.

Toutes ces opérations prennent du temps, mais elles ne racontent rien de la photographie.

Si l'intelligence artificielle peut les réaliser plus rapidement, tant mieux.

Ce temps gagné, je préfère le consacrer à ce qui compte vraiment : rencontrer un client, réfléchir à une mise en scène, chercher une lumière ou préparer une séance.

Je n'ai jamais choisi ce métier pour passer mes journées devant une barre de progression Photoshop ou Lightroom.

J'ai choisi ce métier pour être derrière un appareil photo.


Une photographie ne commence pas au déclenchement.

C'est probablement la conviction la plus importante de cet article, et des articles précédents.

On imagine souvent que mon travail consiste à appuyer sur un bouton au bon moment.

En réalité, ce moment représente une infime partie de ce que je fais.

Quand je photographie un dirigeant qui déteste être devant un objectif, je ne commence pas par régler mon appareil.

Je commence par discuter.

J'observe sa manière de parler, de se tenir, de regarder autour de lui.

Je cherche ce qui le met à l'aise, ce qui le fait sourire, ce qui le rend naturel.

Il arrive même que les meilleures minutes d'une séance soient celles où je ne prends encore aucune photo.

Parce qu'un portrait ne naît pas d'un appareil.

Il naît d'une relation, et chaque personne que j'ai pu photographier pourra confirmer ma façon de faire, et de voir les choses.

La technique vient ensuite.


Une image est un résultat. Une photographie est une expérience.

C'est sans doute là que réside toute la différence.

Une intelligence artificielle peut analyser des milliards d'images.

Elle peut comprendre les règles de composition.

Elle peut reproduire une lumière.

Elle peut imiter un style.

Mais elle ne vit rien.

Elle ne partage pas le silence d'un artisan concentré sur son geste.

Elle ne ressent pas la tension qui précède l'ouverture d'un salon ou d'une inauguration.

Elle ne remarque pas qu'un enfant éclate de rire parce que son père vient de faire une grimace derrière l'objectif.

Elle ne sait pas qu'un dirigeant paraît enfin détendu après vingt minutes de conversation.

Tous ces instants sont invisibles.

Et pourtant, ce sont eux qui donnent leur valeur à une photographie.


Photographier, c'est être présent.

Quand je réalise un reportage en entreprise, je ne cherche pas seulement à montrer un bâtiment, une équipe ou un savoir-faire.

J'essaie de raconter une histoire.

Je regarde les interactions entre les personnes.

Les gestes répétés.

La manière dont la lumière traverse un atelier.

Les détails auxquels personne ne prête attention parce qu'ils font partie du quotidien.

Ce sont ces éléments qui rendent une image crédible.

Une IA peut les inventer.

Un photographe les découvre.

La nuance est immense.


L'émotion ne se génère pas.

On parle beaucoup de qualité d'image, de netteté, de définition, de réalisme.

Mais lorsqu'on retrouve une vieille photographie plusieurs années plus tard, est-ce vraiment ce que l'on regarde en premier ?

Je ne crois pas.

On se souvient surtout de l'instant.

De la personne qui n'est peut-être plus là.

Du lieu qui a changé.

Du rire que l'on avait oublié.

Une photographie devient précieuse avec le temps parce qu'elle transporte un souvenir.

Pas parce qu'elle est techniquement parfaite.

L'intelligence artificielle créera probablement des images magnifiques.

Mais elle ne créera jamais les souvenirs qui leur donnent un sens.


Les photographes qui compteront demain.

Je suis convaincu que les photographes qui disparaîtront ne seront pas remplacés par l'intelligence artificielle.

Ils seront remplacés par ceux qui auront appris à travailler avec elle.

Comme chaque révolution technologique, celle-ci va redistribuer les cartes.

Les compétences purement techniques auront sans doute moins de valeur qu'auparavant.

En revanche, tout ce qui relève du regard, de la relation humaine, de la créativité et de la capacité à raconter une histoire deviendra encore plus précieux.

Au fond, plus les machines sauront produire des images, plus notre capacité à créer des rencontres fera la différence.


Ma conviction.

Ronan Hellou, photographe professionnel à Brest

Je continuerai à utiliser l'intelligence artificielle.

Parce qu'elle me fera gagner du temps.

Parce qu'elle m'aidera à explorer des idées.

Parce qu'elle me permettra parfois d'aller plus loin.

Mais je continuerai surtout à rencontrer des personnes, à entrer dans des entreprises, à photographier des lieux, à écouter des histoires et à attendre cette fraction de seconde où tout s'aligne.

Car c'est précisément à cet instant qu'une image cesse d'être une simple image.

Elle devient une photographie.

Et je crois profondément qu'aucune intelligence artificielle ne pourra jamais vivre ce moment à ma place.

Voilà pourquoi l'ia ne prendra jamais cette photo.


Conclusion


Peut-être qu'un jour, une intelligence artificielle réalisera des images impossibles à distinguer d'une photographie.

Je ne l'exclus pas.

Mais il restera toujours une différence essentielle.

Une intelligence artificielle crée des images.

Un photographe crée des rencontres.

Et c'est peut-être dans cette nuance que réside encore tout l'avenir de notre métier.

Ils me font confiance

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