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Être visible sans me mettre en scène.

3 oct.
4 min de lecture
Ronan Hellou
Photographe professionnel à Brest

J’ai choisi un métier d’image. Ça ne veut pas dire que j’ai envie de mettre toute ma vie en images.

J’aime montrer mes photographies. Expliquer une démarche, raconter une rencontre, partager ce qui m’a donné envie de déclencher.

Mais j’ai une relation plus compliquée avec cette impression qu’il faudrait être présent en permanence. Publier, se raconter, filmer les coulisses, trouver une accroche. Puis recommencer, suffisamment vite pour ne pas disparaître du fil.

Je suis photographe professionnel indépendant. J’ai besoin de faire connaître mon travail et j’ai envie de développer ma clientèle. La question est de savoir quelle place cette communication doit prendre dans ma vie.

Et jusqu’où je suis prêt à me montrer pour que l’on me voie.

Un compteur d’abonnés n’est pas un chiffre d’affaires

Sur les réseaux, certains chiffres prennent beaucoup de place. Le nombre d’abonnés, les vues, les réactions. Ils sont publics, faciles à comparer et donnent rapidement une impression de réussite.

La réalité d’une activité est moins visible.

Un compteur ne raconte pas les demandes qui aboutissent, les clients qui reviennent, les recommandations ou la confiance qui s’installe au fil des projets. Il ne dit pas non plus si l’on vit correctement de son travail.

Une communauté peut évidemment contribuer à développer une activité. Chaque personne qui suit mon travail compte, qu’elle devienne cliente ou non. Mais je ne veux pas confondre l’intérêt pour une publication avec une réservation dans mon agenda.

Une photographie peut recevoir peu de réactions et convaincre quelqu’un de me contacter. Une autre peut beaucoup circuler sans déboucher sur quoi que ce soit. Et certaines personnes regardent longtemps, discrètement, avant de franchir le pas.

Ce que je souhaite construire avec ma clientèle demande davantage qu’un clic : comprendre une attente, échanger, tenir mes engagements, donner envie de me faire confiance à nouveau.

Ces choses-là se voient assez mal dans les statistiques.

Ma vie privée n’a pas à devenir un argument commercial

Je peux parler de mon parcours, de mes choix, de mes doutes sur une image ou de ce qui me touche dans ce métier. Tout cela permet de comprendre qui je suis et comment je travaille.

Pour autant, je n’ai pas envie de tout partager.

Mes proches, mes moments personnels, ce qui se passe une fois l’appareil rangé : j’ai envie d’en garder une partie pour moi. Sans avoir à me demander si une anecdote pourrait devenir une publication ou si un moment mériterait une story.

Certains aiment raconter leur quotidien et le font très bien. Cette façon de communiquer leur ressemble. Moi, je sais que je finirais par jouer un rôle si je m’y obligeais.

Et jouer un rôle pour paraître authentique me semble être un curieux point de départ.

Je peux être vrai sans tout raconter.

Avoir quelque chose à dire, plutôt que quelque chose à publier

C’est probablement là que se situe mon principal décalage avec la course au contenu.

J’aime partager lorsqu’une image, une expérience ou une réflexion m’en donne l’envie. Je me reconnais beaucoup moins dans l’obligation de trouver un sujet parce qu’une case du calendrier attend d’être remplie.

À force de chercher des idées de publications, on peut finir par observer son propre quotidien comme un stock de sujets potentiels. Chaque échange devient une anecdote. Chaque difficulté appelle une leçon. Même la spontanéité semble devoir se préparer.

Je n’ai pas envie de prendre cette habitude.

Quand je travaille avec un client, je veux être disponible. Écouter ce qu’il attend, comprendre ce qui le préoccupe, prendre le temps nécessaire pour faire les choses correctement. Je veux pouvoir vivre une rencontre sans réfléchir simultanément à la façon dont je vais la raconter.

Montrer les coulisses peut être intéressant. Je veux simplement garder le choix de le faire. Et accepter qu’une journée de travail puisse être pleinement réussie sans avoir produit la moindre story.

Un réseau, pour moi, reste une affaire de personnes

Les réseaux sociaux permettent de découvrir des univers, de prendre contact, d’engager des conversations qui n’auraient peut-être jamais eu lieu autrement. C’est une vraie raison d’y être.

Une publication peut amorcer une relation. Ensuite, il faut apprendre à se connaître.

C’est cette suite qui m’intéresse : une discussion qui se précise, un projet qui prend forme, quelqu’un qui se sent compris. Puis, parfois, un nouveau projet quelques mois plus tard ou une recommandation auprès d’un proche.

En ligne comme ailleurs, j’ai envie de construire des relations dans lesquelles mon travail et ma façon d’être ont leur place. Cela suppose que ce que je montre ici corresponde à la personne que l’on rencontrera ensuite.

Je continuerai donc à publier mes images, à partager mes convictions et à proposer mes services. J’ai envie que mon activité grandisse, et ma communication fait partie du travail nécessaire pour y parvenir.

Je souhaite simplement pouvoir en choisir le ton, le rythme et les limites. Garder le plaisir de partager. Et laisser certains moments exister sans public.

J’ai envie que mon travail soit visible. Je tiens à ce que ma vie reste la mienne.

Ronan Hellou — Photographe.

 
 
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